Témoignages

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« ON » y arrive !

Ecrit en 2008 par Josiane Baeckelandt, sage-femme ayant accès à un plateau technique depuis 2004

J’utilise le plateau technique du Centre Hospitalier de ... depuis juin 2004. Il ne me fut pas difficile d’obtenir une convention puisque deux collègues avant moi exerçaient en partenariat avec la maternité.

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C’est Annie Prieux qui a « ouvert » et bénéficié d’une compréhension du directeur de l’époque : celui-ci voulait garder le service de la maternité et envisageait toutes possibilités, toutes alternatives pour quelques accouchements en plus, pour une réputation, une crédibilité. Cela représentait une certaine offensive en regard des directives de l’ARH qui déterminait si telle structure de proximité pouvait exister et puis il faisait confiance humainement parlant.

Le contrat implique de reverser 20% des honoraires (forfait accouchement) et qu’un dossier administratif et médical soit ouvert :une consultation sur place souvent le 8ième mois , photocopies et/ou CR du suivi, plus la consultation du médecin anesthésiste.

Désormais je suis seule à l’utiliser encore (une douzaine d’accouchements par an) pour exercer jusqu’au bout l’accompagnement global avec les parents, selon leur projet. Certains veulent juste la même personne et d’autres recherchent une autre liberté. J’espère les accompagner individuellement, leur donner des outils, des choix pour faire cet accouchement et pour accueillir leur enfant, les amener à se découvrir et se chercher comme parents et même comme personne, comme couple aussi peut-être, mais tout ça humblement car moi aussi je me cherche encore dans cette obstétrique (cette société) qui me choque ou m’enthousiasme.

Pourquoi je le fais ? Car contraintes, temps, responsabilités, stress, mais aussi bonheur, joies, liberté et avenir… une réaction aux frustrations (j’ai vécu deux fermetures de maternité), un flambeau vers un autre système de périnatalité, un besoin de donner, de me sentir utile, de me sentir appréciée.

Je n’ai pas de difficulté avec l’équipe hospitalière. J’ai toujours été en contact avec cette maternité où je travaille parfois comme remplaçante et je remplis une vacation de rééducation périnéale par semaine, activité que j’ai créée en 2003 pour le CH au moment où je m’installai en libéral. Je participe quelque fois au staff, je vais aux réunion du réseau, je réponds à l’activité HAD.

Bien sûr, certaines situations ont quelque fois surpris (postures « originales », attentes, choix de non médicalisation, refus de certains protocoles…) mais il faut faire des concessions et surtout expliquer avant pendant après, du coté parents, soignants-médecins et moi… « ON » y arrive !

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Comme à la maison… ou presque !

Ecrit en 2008 par Sylvie Eskénazi, sage-femme membre d’un groupe pluridisciplinaire de praticiens

Il est bien entendu que rien ne remplacera jamais l’accouchement à domicile. Pour les couples qui en font le projet, je suppose que chaque recoin de la maison, chaque personne présente représentent une sécurité qu’aucun centre hospitalier ne sera jamais capable de leur offrir. En tant que personne et sage-femme, je vais dans ce sens et je l’encourage. En tant que praticienne, la réflexion se poursuit…

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« Jeune » libérale installée depuis 2005, il ne m’a pas fallu longtemps avant d’abandonner les gardes en structure le week-end. L’accompagnement que je mettais en place de mon côté en préparation à la naissance et dans les suites de couche devenait incompatible avec la systématisation et les protocoles auxquels je devais me plier en garde.

Mais il y a un an, j’ai eu la chance de rejoindre un groupe pluridisciplinaire de praticiens (sages-femmes, obstétriciens, psychologues et anesthésistes) et d’assister des naissances en structure dans le respect de la physiologie. Les premiers couples ne me connaissaient que pour m’avoir rencontrée lors de réunions mensuelles d’information. Appelée en remplacement de mes collègues indisponibles, j’ai été frappée par le climat de confiance qui régnait dans la salle où leurs bébés ont vu le jour. C’était un peu comme si nous nous connaissions de longue date.

Je réalise maintenant que le projet de ces parents était suffisamment réfléchi pour ne pas être totalement perturbé par l’absence de leur praticien de référence. Ils ont mis leur enfant au monde en liberté posturale, sans geste systématique, simplement rassurés par ma présence… un peu comme à la maison. De la musique, un bain chaud, de la nourriture, une lumière douce, leurs oreillers, une tenue fétiche pour la maman, une couverture choisie pour que le bébé reste le plus longtemps possible en peau à peau leur ont suffi pour ne pas se sentir trop éloignés de leur univers familier. La grande majorité d’entre eux y sont justement rentrés dans les heures qui ont suivi la naissance et la surveillance s’est prolongée plusieurs jours durant. Nous avons gardé contact quelques mois dans le cadre de l’allaitement, de la rééducation périnéale ou tout simplement par téléphone pour des conseils ou un petit bonjour.

Depuis quelques mois maintenant, des parents viennent me voir pour un accompagnement global. Pas d’autre intervenant dans la mesure du possible, mais au sein de notre groupe de praticiens sont organisés des staffs hebdomadaires et des réunions pour que les parents connaissent toute l’équipe. Un petit garçon et deux petites filles sont nés « en global » avec moi. L’une d’entre elles est venue par césarienne (triste statistique !) après plusieurs heures d’un travail au cours duquel j’ai dû me rendre à l’évidence de la dystocie. L’existence du plateau technique nous a permis de continuer ensemble et dans la sérénité l’aventure de la naissance de cette petite fille. L’intervention de l’obstétricien du groupe et d’un anesthésiste que nous connaissons bien, la présence du papa au bloc ont rassuré la jeune maman. De la première mise au sein au sevrage, des visites quotidiennes à la clinique au suivi domicile organisé dans le cadre d’un retour précoce à C4, nous l’avons accompagnée.

J’étais également dans les murs de la clinique lorsqu’un jour, deux de mes collègues sages-femmes ont œuvré en toute discrétion autour de la naissance de jumeaux, l’obstétricien derrière la porte, anesthésiste et pédiatre sur place. Aucun d’entre eux n’a dû intervenir… Parents et enfants sont rentrés ensuite à la maison. J’en suis encore rêveuse…

Les naissances en accompagnement global restent malgré tout un peu en marge dans une structure plutôt classique et cette collaboration atypique requiert une bonne organisation lorsque les patientes restent quelques jours à la maternité. Il faut faire preuve de vigilance dans certaines circonstances afin d’éviter la systématisation des gestes, la prescription en notre absence d’examens complémentaires et de thérapeutiques injustifiés ou mal expliqués à des parents pourtant fort impliqués.
Simple anecdote : un jour, au petit matin, une collègue de la clinique est venue me demander pourquoi j’avais laissé crier une femme qui accouchait sans appeler l’anesthésiste ; ce à quoi j’ai répondu que je n’avais pas quitté cette patiente désirant accoucher sans péridurale… D’abord interloquée, elle a fini par me dire que ça l’a empêchée de dormir ! Autre amertume, celle d’un papa auquel un tarif exorbitant de lit accompagnant a été annoncé, afin de ne pas avoir à l’installer… Mais batailler n’a que peu d’importance lorsqu’au final le projet des couples est mené à bien.
Un an après avoir débuté cette activité d’une richesse inouïe, il ne me reste qu’à exprimer à ceux qui m’ont ouvert cette voie et aux parents qui m’ont fait confiance toute l’émotion qui a accompagné chaque naissance. Grâce à eux, je redécouvre mon métier de sage-femme et suis heureuse de vous en avoir fait part.

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« On travaille en équipe et en indépendance à la fois. »

Ecrit en 2008 par une sage-femme ayant accès à un plateau technique depuis 2004

Je suis installée en libéral depuis 1997 avec un plateau technique depuis 4 ans. Je suis également ostéopathe depuis 2 ans. Mon activité se divise en 1/3 plateau technique, 1/3 consultation SF au cabinet, 1/3 consultation ostéo. Je n’ ai eu aucune difficulté au niveau de l’équipe hospitalière pour me faire accepter étant donné que j’ ai travaillé dans cet hôpital plusieurs années.

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C’ est plus l’administration qui a bloqué, elle avait du mal à intégrer ce que plateau technique voulait dire. Les démarches ont pris une bonne année à coup de courrier que ce soit à l’hôpital, à la sécu, à l’ARH etc.

J’ ai donc un contrat avec l’hôpital pour 5 ans renouvelables délimitant les responsabilités de chacun. L’entente étant bonne avec tous les médecins, je suis parfaitement autonome dans mes suivis de grossesses et de travail. Je suis les protocoles ou pas, au cas par cas, je n’hésite pas à informer ou a demander conseils en cas de pathologie mais on me laisse les pleins pouvoirs. Je suis consciente que j’ai une grande chance mais il faut savoir aussi assumer pleinement ses choix, être très clair avec chacun et d’abord avec les parents et soi-même.

Je respecte pleinement l’équipe. On ne peut pas simplement « utiliser » un plateau technique. On travaille en équipe et en indépendance à la fois. Cela veut aussi dire que je fais l’effort d’aller au staff toutes les semaines, que j’accepte que l’on discute de mes dossiers en cas de pathologie, que j’écoute et que l’on m’écoute. Je suis là tous les matins en même temps que les médecins pour faire ma visite. Ils passent voir mes mamans ou pas. Mais en tout cas, on se voit. Le seul petit hic se situe avec les pédiatres par rapports aux sorties précoces. Mais bon... ils s’y sont faits maintenant.

J’accompagne une centaine de couples par an. Je ne fais pas de sélection car chaque demande est une demande particulière. J’ai essentiellement des demandes d’accompagnement non médicalisé mais parfois aussi des demandes pour être sûre d’être médicalisée. J’accepte. Je refuse des couples pour pouvoir dormir de temps en temps ! Bref, la demande est énorme. L’ hôpital est directement payé de mes actes et me reverse après ponction de 30% sur les SF, 20% sur les C. C’est ce qu’il y a d’écrit dans le code de la sécu et ça n’a pas été négociable.

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Plateau technique en hôpital intercommunal

Ecrit en 2008 par Geneviève Goville, sage-femme ayant accès à un plateau technique.

Je dispose d’un plateau technique dans un hôpital intercommunal de niveau 2 (2500 naissances par an).
J’y ai exercé pendant 19 années en tant que salariée à différents postes. C’est le chef de service qui m’a proposé l’ouverture du plateau technique. J’ai rencontré le maire de la ville, mes collègues, les gynécologues, les anesthésistes et les pédiatres.

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Je tiens particulièrement à dire toute ma reconnaissance pour le chef de service d’anesthésie-réanimation qui a bien voulu confier le dossier d’anesthésie aux patientes afin que nous puissions l’utiliser ailleurs le cas échéant. Le chef de service de pédiatrie m’a dit « tu m’emmerdes » mais si tu fais appel à nous en salle de naissance, nous serons là.
Entre le moment où les choses se sont mis en route et l’établissement effectif du contrat, il s’est passé plusieurs années durant lesquelles je ne prenais pas d’honoraires sur mes actes faits à l’hôpital : 1an1/2 entre les démarches et le passage à la CME et 2 ans entre l’acceptation par la CME (à la première discussion) et le texte écrit et signé.
Dans la plupart des cas, je m’y rends avec mes patientes quand une pathologie survenue en cours de grossesse ou une dystocie en cours de travail nécessitant le milieu hospitalier. Je ne prends pas en charge les femmes souhaitant une naissance à l’hôpital.
Mes patientes n’ont pas d’inscription dans l’hôpital, elles doivent uniquement se rendre à la consultation préanesthésique. Elles sont alors en possession de leur dossier obstétrical (celui que j’ai établi) et repartent de cette consultation avec le dossier anesthésique. Ceci me permet le cas échéant d’arriver dans tout autre hôpital en urgence près du domicile de la patiente avec un dossier prénatal complet nécessaire à une prise en charge en toute sécurité. De façon exceptionnelle je prends en charge des femmes pour lesquelles la naissance est prévue dès le début en milieu hospitalier. Il s’agit essentiellement des utérus bi ou multicicatriciels pour qui la voie basse est refusée ailleurs. Elles sont vues par un gynécologue de l’équipe une fois au cours de la grossesse pour l’acceptation de la voie basse.

Quels protocoles dois-je respecter ?

  • Établissement de la carte de groupe sanguin de l’hôpital (je le fais le plus souvent à l’arrivée).
  • Bilan de coagulation fait à l’occasion des examens obligatoires du sixième mois.
  • La consultation préanesthésique.
  • Une consultation avec les praticiens concernés pour les pré-éclampsies, les utérus cicatriciels, les sièges et autres pathologies nécessitant leurs compétences.
  • Hospitalisation 12 heures s’il y a eu une péridurale (négociable notamment quand il n’y a plus de lits disponibles).
  • D’une façon générale, rien d’extraordinaire, tout qui relève de la sécurité, du bon exercice des compétences de chacun et de la bonne prise en charge des patientes.

Comment se passe mon exercice en milieu hospitalier ?

  • De principe j’avertis la salle de naissance de mon arrivée avec une patiente et le motif.
  • Sur place, tout dépend de l’heure, du problème en cause etc… En journée j’informe l’obstétricien de garde du dossier, la nuit, tout dépend du problème, je les laisse dormir si par exemple je suis venue pour une stagnation de la dilatation.
  • Je fais appel à l’anesthésiste si une anesthésie péridurale est nécessaire.
  • Si je suis venue par exemple pour un siège chez une primipare, je fais appel au gynécologue au moment de l’expulsion (comme les autres sages-femmes de l’équipe) et en journée je l’informe de cette naissance en cours de travail.
  • Si le travail et la naissance ne réclament que mes compétences, je ne fais appel à personne et éventuellement l’accouchée quitte la maternité deux heures après l’accouchement.
  • Sinon, je demande l’approbation du médecin de garde pour le déclenchement des femmes à 42SA. Nous discutons parfois de ses modalités, mais il s’agit bien d’une discussion où chacun confronte ses arguments pour le bénéfice de la patiente et en fonction de ses désirs.

Quelles sont les difficultés rencontrées ?

  • Souvent l’hôpital est surchargé et mes collègues ont du mal à considérer mes patientes en priorité, évoquant le transfert pour elles d’emblée.
  • Exceptionnellement, j’ai affaire à un obstétricien un peu frileux, différent du reste de l’équipe et il faut alors négocier dur.
  • Le côté administratif lorsque sur une pathologie de grossesse, la femme enceinte sera prise en charge par l’équipe et moi.
  • Les protocoles pédiatriques sont vraiment chiants. Mais je dois dire, que de jour en jour, ils deviennent plus souples. Pression des pédiatres pour les bilans systématiques (rupture des membranes longue, liquide amniotique teinté, etc).
  • J’ai beaucoup de mal à prescrire la sérologie de l’hépatite B à des patientes qui ne sont pas d’un groupe à risques (tout comme l’HIV et le BW). Mais je me force à les prescrire car ne pas le faire est mal vu à l’hôpital.
  • La présence des pédiatres pour les césariennes est parfois lourde.
  • Le soutien de l’allaitement maternel en pédiatrie reste insuffisant.

Tout ce qui va bien

  • Mes collègues : D’une façon générale, elles sont formidables, elles s’intéressent à ce que je fais et je fais de même. Je peux compter sur elles si j’ai un problème. Nous échangeons beaucoup.
  • Les obstétriciens : Ils sont très compétents et pour la plupart ouverts à la discussion constructive. J’ai eu plusieurs fois l’occasion de leur demander leur avis au cours d’une consultation prénatale ou du travail, ils m’apportent leurs compétences.
  • Les anesthésistes : Ils effectuent leur consultation sans tenter de faire peur aux patientes, ils disent volontiers, on ne devrait pas se revoir.
  • Les médecins de l’hôpital sont totalement présents si la patiente a besoin de leurs compétences avec l’écoute pour des femmes qui souhaitaient ne pas être médicalisées.
  • Le reste du personnel : Un grand respect des patientes, une très grande gentillesse, une présence éventuelle discrète et compétente.
  • Le dossier : Lorsque les femmes sont vues par l’anesthésiste et/ou l’obstétricien, c’est mon dossier qui est utilisé et je l’archive après la naissance. Si l’accouchement a lieu à l’hôpital, je fais souvent une photocopie du dossier pour moi (ou eux), des fois j’ai la flemme et j’informe la patiente que son dossier reste à l’hôpital.
  • Monitoring et perfusion : De principe, je fais un petit enregistrement (15 à 30 minutes) à l’arrivée à l’hôpital pour rassurer. Ensuite je fais mon écoute intermittente avec le monitoring ce qui permet d’avoir une trace de ma surveillance. Je laisse le monitoring quand le bébé va mal. Je ne pose pas de perfusion en garde veine, il n’y en a une uniquement si j’ai besoin d’ocytocine. Pour les sièges, je mets un cathéter bouché.
  • Gestes aux nouveaux-nés : Si je ne fais pas appel au pédiatre (majorité des cas), je fais ce que nous avons décidé avec les parents.
    La césarienne : Tous les papas ont pu être présents pour la naissance de leurs enfants. Il faut parfois bien négocier mais on y arrive. Les mamans ont pu quand c’était possible pour le bébé faire du peau-à-peau en salle d’opération.

Le contrat avec l’hôpital

Ses termes sont essentiellement financiers. Je reverse 10% sur les consultations et 20% sur mes actes.

Conclusion

J’ai beaucoup de chance de disposer de ce plateau technique. Mes collègues sont formidables, les médecins compétents et ouverts, les aides-soignantes géniales. Je suis dans une maternité où l’équipe avance vers une naissance plus humaine, basant ses conduites à tenir sur des réalités médicales et non la peur. Si ça continue, les femmes retourneront à l’hôpital car elles y seront aussi bien qu’à la maison. Je plaisante, cette maternité avance mais pas le nombre de médecins et surtout pas encore assez de sages-femmes. Mes collègues restent surchargées et la médicalisation est la conséquence de cette surcharge. C’est pour quand une femme, une sage-femme en milieu hospitalier ?

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L’accès aux plateaux techniques en question

Ecrit en 2004 par Maïtie Trelaün, sage-femme.

Nous avons beaucoup espéré suite au décret du 8 août 1991 et de la circulaire complémentaire du 29 juillet 1992 qui devait faciliter l’accès des sages-femmes libérales aux plateaux techniques. Nous savons tous que cela n’a pas été si simple. Et que aujourd’hui, 12 ans après… seules quelques sages-femmes libérales ont réussi à en bénéficier.

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Je fais partie de celles-là. Voici maintenant 10 ans que j’ai accès au plateau technique (que j’appellerai D) d’une clinique privée. Pendant tout ce temps là, j’ai eu accès à 4 autres plateaux techniques (T et F dans le public, A dans le privé, et V dans une clinique mutualiste,…).

Comment cela s’est-il passé dans chacun d’eux ?

Dans A, j’étais "couverte" par le chef de service mais aucune convention n’a été signée. Le lieu a fermé.
Dans T, tout le monde était au courant, mais le directeur a fait traîner la signature de la convention. Jepouvais y accompagner des couples à condition de prévenir la surveillante et qu’elle puisse se rendredisponible. Ce lieu est en train de fermer.
Dans V, j’ai fait partie du projet de réflexion sur la création de ce lieu. Uneconvention a été signée. J’ai été présentée ainsi qu’une autre sage-femme libérale à toute l’équipe. Mais je n’ai jamais été en confiance, le chef de service et les anesthésistes n’étant pas ouverts du tout à une autre façon de faire. Ma collègue a été congédiée sans qu’on puisse lui faire vraiment de reproches si ce n’est qu’elle n’avait pas la même façon de voir les choses qu’eux. Pour ma part, on m’a fait savoir que je ne devais plus y retourner car je n’y pratiquais pas assez d’accouchements.
Dans F, qui était à 70 km de chez moi, j’ai signé une convention. Dans la foulée une autre sage-femmelibérale y a eu accès. Je n’y suis jamais allée, car l’arrivée de cette sage-femme m’a permis de me détacher de cette zone géographique. De son côté, elle a eu beaucoup de mal avec les pressions que lui mettait l’équipe au sujet des protocoles. Elle a donc préféré ne travailler qu’à domicile.

Actuellement, je reste fidèle à D qui demeure le seul lieu de la région ouvert aux sages-femmes libérales. J’ai été la première à faire démarche, nous sommes 4, je crois, à y avoir accès actuellement. Il se trouve que j’ai travaillé 10 ans comme salariée dans cette clinique où j’étais appréciée. Le directeur m’a ouvert ses portes sans problème une fois que je me suis installée en libéral. J’ai d’abord pu y travailler sous couvert du médecin que j’avais obligation d’appeler pour l’expulsion (sans qu’il ait obligation de rentrer dans la salle de naissance). Il me reversait une partie de ses honoraires.
Cela m’a permis de faire mes preuves: ils ont apprécié , je pense, le fait que je tienne un dossier, que je sois rigoureuse dans mon travail, que je puisse argumenter ma position face à leurs protocoles, que je ne sois pas obtuse, que je ne remette pas tout en question… Au bout de 3 ans, nous avons signé une convention, me rendant pleinement responsable de mon accompagnement et me libérant de l’obligation d’appeler le médecin. Seule nécessité: la visite avec un médecin et un anesthésiste vers 35 SA. Le directeur me fait pleinement confiance et soutient ma position face aux anesthésistes qui la remettraient facilement en question.

Qu’est-ce que j’attendais de l’accès à un plateau technique?

  • de pouvoir accompagner des couples qui ne souhaiter pas accoucher à domicile
  • de pouvoir me "rabattre" sur un lieu médical où j’étais acceptée en cas d’accouchements à domicile pouvant se compliquer
  • de montrer que l’aspect humain de l’accouchement et de la naissance n’était pas une question de lieu mais peut-être de personne et surtout de disponibilité.

Qu’en est-il en pratique?

  • pouvoir accompagner des couples qui ne souhaitent pas accoucher à domicile: objectif atteint sans aucun problème
  • pouvoir me "rabattre" sur un lieu médical où j’étais acceptée en cas d’accouchement à domicile. Je pensais en effet que cela me permettrais de prendre moins de "risque" à domicile, que je profiterais de ce confort pour m’y rendre dès qu’un petit rien me chagrinerait sachant que je pourrais continuer d’accompagner le couple. En fait, je me rends compte au fil des années que je n’ai fait appel à cette solution que très rarement et uniquement dans des cas où une intervention était vraiment nécessaire (ce que je fais aussi sur des structures qui ne me connaissent pas quand elles sont plus proches du domicile des parents). C’est donc une roue de secours qui me semblait presque indispensable au départ et dont je n’ai pas eu besoin. Est-elle vraiment si importante ?
  • montrer que l’aspect humain de l’accouchement et de la naissance n’était pas une question de lieu mais peut-être de personne et surtout de disponibilité. J’ai pu le montrer en effet aux couples que j’ai accompagnés et qui avait un mauvais à priori sur les structures hospitalières ou un mauvais souvenir. Mais cela touche un si petit nombre de couples que je ne sais pas si cela peut vraiment faire changer des choses autrement que pour eux.

Par contre:

  • l’accès au plateau technique repousse beaucoup mes limites de sélection des parents que j’accompagne puisque je peux suivre et guider jusqu’à la naissance une maman dont le bébé se présente par le siège,ou une maman porteuse de jumeaux, ou une maman présentant un utérus cicatriciel voire deux fois cicatriciel (en accord avec le médecin)… Il m’arrive d’accompagner des femmes avec des antécédents très lourds, du moment que cette grossesse se déroule bien. Mais n’est-ce pas trop lourd ?
  •  il m’arrive aussi de prendre une décision de déclenchement pour terme dépassé par exemple ou après rupture prématurée des membranes. Je demande simplement son accord à l’obstétricien (accord qu’il me donne toujours puisque lui serait intervenu plus tôt). Lors du déclenchement, je suis confrontée à la technologie, alors que je ne suis plus une technicienne dans l’âme. Ce qui est simple et routinier (malheureusement) pour une sage-femme hospitalière, me semble artificiel, dangereux et mystérieux (dans le sens où j’interviens dans un processus qui devrait être naturel, en ignorant complètement comment il va réagir à mes "propositions"). J’ai l’impression de jouer à l’apprenti sorcier avec ces seringues, ces produits qui accélèrent et analgésient à la demande. Comment réussir un déclenchement quand toutes mes cellules sont tournées vers le respect de la mère, de l’enfant et du temps qu’il leur fautpour naître?. Cela me permet de réaliser que ce n’est plus de ma compétence de sage-femme spécialisée dans la physiologie. Mon savoir de technicienne s’est éloigné au profit d’un autre beaucoup plus subtil et qui me convient mieux.
  •  un autre point me semble important: c’est la pression que je ressens en structure. Pourtant les conditions d’accès à ce plateau technique sont fabuleuses: j’arrive, je ferme la porte de la salle d’accouchement, je suis tranquille. Le directeur me fait confiance. Pourtant je ne me sens pas aussi libre qu’à domicile. Si je suis là, c’est que la mère doit accoucher… et, inconsciemment dans un certain temps. Cette notion de 1 cm à l’heure est inscrite dans les murs. Je dois donc me débrouiller pour que la dilatation ne soit pas plus longue. J’essaye bien de ne jamais arriver trop tôt, mais cela ne suffit pas. Que faire de toutes les situations, si fréquentes, des mères qui prennent le temps en fin de dilatation voire en début d’expulsion,
    quand leurs contractions se calment leur permettant de profiter d’un repos bénéfique à tout le monde? Que faire de celles qui ont besoin aussi d’un temps, qui peut se compter en heures, pour rentrer dans la phase expulsive? Cette suspension du temps est méconnue et difficilement acceptable en milieu hospitalier. Et même si je tente de la respecter en prenant sur moi, en restant évasive sur les données médicales que je donne à l’équipe, je sens bien qu’une tension s’installe autour de "ma"salle de naissance quand nous y sommes déjà depuis un certain nombre d’heures. Il en sera de même pour le temps de la délivrance, mais aussi dans le cas d’un dépassement de terme ou d’une rupture prématurée des membranes sans travail spontané… Pourtant je sais qu’en respectant un peu plus que ’la normale"le temps de naître, je ne mets personne en danger et que ma conduite est fondée sur du bon sens alors qu’elle est considérée comme de l’inconscience.
  • Je me rends compte aussi, que, étant en structure hospitalière, il est beaucoup plus facile pour la maman (qui ne souhaitait pas de médicalisation au départ) de demander de faire appel à une aide médicale (APD). De même qu’il m’est beaucoup plus facile d’avoir recours à "l’intervention médicale" parce, par exemple, ça fait longtemps que ça dure et que je suis fatiguée. Je ne suis pas contre cette aide qui me semble fondée puisque je la propose ou que la maman me la demande. Mais en en reparlant plus tard avec les mères, je prends conscience que, pour elles, on aurait pu encore attendre. Si on s’était trouvée à domicile et qu’il avait été question de se rhabiller, de prendre la voiture pour un trajet si court soit-il, de changer d’ambiance,… ni l’une ni l’autre n’aurait fait appel à cette aide à ce moment-là. C’est facile de donner un coup de pouce en mettant une petite perfusion d’ocytocine. On espère que ce petit coup de pouce va permettre à la maman qui nous semble fatiguée d’être délivrée un peu plus vite. Il se peut que ce soit le cas. Mais quand cette perfusion, par comble de malchance, entraîne une péridurale qui entraîne une mauvaise flexion de la tête du bébé, un ralentissement de sa rotation, une diminution trop importante des sensations de la maman…voire peut-être un forceps et une épisiotomie… Si j’avais su, je n’aurais pas proposé cette "aide". Et tout ce serait probablement bien terminé. Si je n’avais pas été en structure, nous aurions chercher d’autres solutions et trouver celles que la maman avait besoin de trouver pour avancer. Nous n’aurions pas couru plus de risques, mais nous aurions été encore plus patientes.
  • en ayant accès au plateau technique, j’amène obligatoirement 2 mondes à se confronter :
    o la prévention par la lecture et la recherche du respect de la physiologie (être à l’écoute de tout ce qui peut permettre à la femme de ne pas sortir de sa physiologie)
    o et la prévention par la technologie pour être prêt à parer toute pathologie.
    Je me rends compte, en parlant avec les anesthésistes par exemple, que nous ne parlons pas le même langage, que les mots n’ont pas le même sens (à commencer par le mot prévention: pour moi, prévenir c’est ne pas perturber, pour eux c’est faire une péridurale systématique). La pose d’un cathlon est pour moi un geste intrusif qui peut générer un stress chez la femme en travail. De plus, je ne vois pas l’utilité de sa systématisation puisque je suis avec cette femme minute après minute et qu’elle me donne les éléments dont j’ai besoin pour savoir si son enfantement se déroule bien (auquel cas il n’y a pas besoin de cathlon) ou s’il peut ne pas être si simple (auquel cas je poserai un cathlon pour le cas où). Pour l’anesthésiste, la pose d’un cathlon est un geste banal, indispensable en cas de décompensation brutale. Mais, est-il vraiment possible qu’une décompensation brutale arrive sans crier gare au cours d’un accouchement physiologique ? Est-il vraiment possible que dans ce cas, une personne qui connaît la maman puisqu’elle l’a accompagnée tout au long de la grossesse, ne sente pas que quelque chose de pas normal se trame ? Les anesthésistes me disent que j’ai une bonne étoile car j’ai peu de complications alors que pour eux je ne m’entoure pas de toutes les précautions nécessaires. Mais est-ce vraiment une bonne étoile ?

En conclusion:

  • je pense que l’imbrication de deux visions différentes d’un même événement et de deux façons de faire bien distinctes est un exercice de style très difficile. La cohabitation n’est pas chose aisée et oblige à une remise en question quotidienne. Y sommes-nous (obstétriciens, pédiatres, anesthésistes, sages-femmes hospitalières et libérales) prêts ?
  •  l’accès au plateau technique change mes limites: ce ne sont plus celles de la physiologie,donc ce ne sont plus celles de ma spécificité. Quelles sont-elles ? Quels éléments vont me permettre de les fixer, si ce n’est ma bonne conscience, ma vigilance? Dans ce cas, il n’y a aucun garde fou !!!
  • la structure hospitalière met à portée de main des outils médicaux. Il est facile pour eux de nous détourner des outils propres à chaque mère. Et je lance comme une boutade: attention, un outil peut en cacher un autre ! En découle la question de fond: est-ce la femme qui enfante ou moi qui l’accouche ?
  • La comparaison du travail en Maisons de naissance (extérieures à des structures hospitalières) ou en Centres de naissance (à l’intérieure des structures) au Canada montre qu’il n’y a pas de grosses différences statistiques sur la mortalité et la morbidité dans l’un comme dans l’autre. En revanche on constate beaucoup plus d’interventions médicales dans les Centres que dans les Maisons alors que le fonctionnement est le même.
  • Loin de moi l’idée de prôner le naturel coûte que coûte! Mais je pense que chacun a sa place, que notre spécificité va de pair avec notre complémentarité. L’accès au plateau technique peut être un merveilleux compromis mais il est difficile et délicat. Les concessions à faire d’un côté comme de l’autre sont lourdes pour chacun. Pourquoi les structures hospitalières nous accepteraient-elles avec nos limites spécifiques et notre façon de voir les choses, alors que nous remettons en questions leurs manières de faire, sachant qu’à la base chacun cherche à faire au mieux pour le couple qu’il accompagne ?
  • Pour ma part la solution se trouve dans la création des Maisons de Naissance. Mais , là encore, le fait de les ouvrir intra-muros, ne va-t-il pas révéler les mêmes conséquences de trop de proximité ?

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« Isabelle a accès à un plateau technique dans une clinique. On savait qu’on pourrait en bénéficier s’il le fallait. Et il a fallu. »

Par la maman de Maïa

Maïa est mon premier enfant et même si j’étais néophyte en accouchement, je savais que je voulais éviter à tout prix que cette expérience (y compris la grossesse) soit médicalisée si ce n’était pas nécessaire. De plus, étant anglaise, je viens d’une autre culture où la première question que le monde médical vous pose quand vous êtes déclarée enceinte est « vous voulez accoucher à la maison ou à l’hôpital ? » Des milliers d’années lumières de la France donc.
Une amie nous a fait part de son bel accouchement en clinique avec Isabelle. Nous sommes partis avec elle sur un projet d’accouchement à domicile. Rien que le suivi global m’a fait grandir, assumer ce rôle pleinement.

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Pendant que les copines devaient se contenter de 15 minutes par mois chez leur gynéco (le temps de regarder sous le capot et rien de plus), nous prenions nous une heure à passer la totalité de l’expérience de la grossesse sous la loupe. Au rendez-vous du 7ème mois, Isabelle m’a dit « je ne le sens pas encore ce projet ». C’est ce qu’il me fallait pour que j’approfondisse mon travail sur moi-même. La préparation à l’accouchement m’encourageait encore plus à assumer cette naissance, à voir qu’elle m’appartenait à moi et non pas à Isabelle.

Après une longue journée, mes contractions ont commencé en beauté vers minuit. A 4h, nous avons appelé Isabelle - quelle chose magnifique qu’on puisse l’appeler au milieu de la nuit, qu’elle soit là pour nous, qu’elle fasse partie de cette aventure même quand ça tombait au milieu de sa nuit de sommeil. J’ai continué de bosser, gérant bien mes contractions. Entre-temps, mon mari a fait toute jolie la chambre, fleurs, bougies, encens. Isabelle est arrivée vers 6h30, a écouté le bébé et a regardé ma dilatation : j’étais à 3cm.

Puis elle a pris ma tension, et là, mauvaise nouvelle : elle était très élevée. Nous avons décidé d’attendre un peu pour voir si elle redescendait. Isabelle a accès à un plateau technique dans une clinique. On savait qu’on pourrait en bénéficier s’il le fallait. Et il a fallu. J’ai eu un moment de regret que mon enfant ne naîtrait pas chez moi. Mais qu’un moment. Tout le long de la préparation, Isabelle avait insisté sur l’importance de l’accouchement lui-même, et non pas son lieu. Nous sommes partis.

Ma fille a décidé de naître le jour de la grève totale des transports en commun. Le trajet qui aurait duré 20 minutes en temps normal a duré 1h15. Les contractions que j’avais si bien gérées debout dans ma chambre devenaient insupportables sur le siège arrière d’une 205. Je me suis faite toute petite dans ma tête, j’accueillais les contractions sans la moindre possibilité d’ampleur dans mes mouvements. J’ai fait des petites contractions, à la taille de la voiture, en regardant le ciel gris d’octobre.

Isabelle roulait à côté sur sa moto et me demandait comment j’allais. Vincent chantait tout le long du trajet. Arrivée enfin à la clinique, je me précipite vers la porte. Je n’avais une seule envie : enlever tous mes fringues et m’y mettre en liberté ! Je ne craignais pas mon accouchement, mais pendant 1h15 j’avais dû me contenir et là, je voulais me lâcher.

Hélas, aucune salle d’accouchement n’était libre ! On m’a mis dans la salle d’attente et je me suis retrouvée à 4 pattes en train de gémir pendant que les gens achetaient du Coca et des gâteaux derrière moi. « Je n’y arriverai pas. Il va falloir une péridurale, une épisio, des forceps, anesthésie générale. Je n’y arriverai pas. » J’étais dans la phase de transition et j’ai entendu depuis que c’est souvent à ce moment-là qu’on doute de ses forces. Enfin, une salle qui était en travaux a été libérée, les artisans sortant avec leurs outils au moment où j’entrais. J’ai enlevé tous mes vêtements d’un geste - je suis assez pudique en général ! - et là encore il a fallu faire du monitoring pour un moment. Encore une fois j’étais inhibée dans mes mouvements. Isabelle a constaté que j’étais à 10cm de dilatation.

Enfin libérée de ces sangles horribles, je me suis mise debout pour donner naissance à ma fille. Dans la préparation, Isabelle nous a appris (ô quelle idée radicale !) qu’il ne fallait pas pousser (ce qui inhiberait le réflexe d’éjection du bébé) mais plutôt s’ouvrir à l’aide de sons pleins et profonds. J’avais tendance à me lever sur les pointes de pied comme pour fuir l’intensité des contractions. Isabelle et Vincent se sont alors mis à mes pieds pour m’ancrer au sol et ils faisaient ces sons comme deux moines tibétains. Ça me paraissait ridicule, inutile face à l’ampleur des contractions mais je n’avais pas d’autre idée à proposer donc je m’y suis mise aussi. Et ça a marché ! En m’ouvrant, je sentais littéralement que Maïa poussait elle-même pour sortir... c’était rapide il me semble, la tête d’un coup, le corps du coup suivant... elle pleurait même avant que ses pieds se dégagent de moi. Puis assise sur la bouée en attendant le placenta, avec les bras de Vincent qui m’enlaçait et Maïa qui nous regardait de ses grands yeux.

C’était le moment le plus intense, le plus fort de toute ma vie et du fait que Isabelle l’ait partagé avec nous, je la considère comme un membre de ma famille. Peu importe que cette relation soit réciproque ou non, Isabelle nous a accompagné à chaque moment sur ce chemin, avec tendresse, fermeté, douceur et honnêteté. Ce qu’elle fait (et vous autres sages-femmes) est un sacerdoce, un rôle primordial et sacré. Ne vous laissez jamais abattre par la méconnaissance qu’on peut porter à votre égard. Vous êtes dans la justesse et j’ai l’intime conviction qu’un jour vous pourrez exercer librement en France.

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